Evolution architecturale

 
L’ÉVOLUTION ARCHITECTURALE DU SITE CASTRAL JUSQU'AU XVe SIECLE 

Le site castelnovien est complexe et résulte des enchevêtrements de styles architecturaux témoins des différentes campagnes de construction ou d’aménagement. La difficulté à restituer les transformations et l’évolution du site castral de Châteauneuf au cours de ses dix siècles d’existence réside notamment dans cette complexité stylistique mais aussi du fait des lacunes des ressources archivistiques du château. Toutefois, la possibilité de restitution de l’évolution architecturale d’un site doit pouvoir se faire en regard du contexte historique, géographique et social du lieu étudié.

Le village de Châteauneuf et son château sont implantés sur cette langue rocheuse axée nord sud et dont la nature du roc est constituée de schiste gris bleu. L’assiette du château, sur laquelle prennent place différents bâtiments, correspond au point culminant de cet isthme rocheux, soit 22 m. d’altitude au-dessus du niveau de la mer. L’ensemble du site castral, dans son état actuel, se compose du logis seigneurial, de la chapelle castrale aujourd’hui église paroissiale, du « Petit Château » ou malouinière, des communs (écurie et orangerie), de la métairie et d’une partie de ses anciens jardins.

Si nous avons choisi de présenter les transformations architecturales réalisées principalement au cours des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles c’est pour mieux mettre en valeur les changements qui ont été opérés sur ce site à partir de la Renaissance.
Ce lieu fortifié aux alentours de l’an mille, constitue un exemple significatif en Bretagne de l’évolution continuelle des anciennes grandes forteresses.
Tout d’abord, le relèvement du castel Noë par Henri Ier Beauclerc aux alentours de 1117 accompagné probablement à cette époque d’un déplacement de site plus au sud, eut pour conséquence l’édification au début du XIIe siècle d’un donjon en pierre. Par la suite, le village s’est développé à proximité du château et l’existence d’une ville close à Châteauneuf est attestée dans des textes d’archives avant le XVe siècle.
Puis, au cours du XVe siècle, à l’époque du conflit du duché de Bretagne avec la France, de nouveaux travaux de réaménagement de la forteresse furent entrepris par les seigneurs du comté de Châteauneuf, les Rieux, afin de renforcer ce site stratégique.
 
Relater l’histoire du château de Châteauneuf c’est aussi mentionner la présence sur ces terres, pendant plus de 250 ans, d’une des plus illustres familles de la haute noblesse bretonne, la maison de Rieux, tombée actuellement dans l’oubli. Cette famille, dont certains membres faisaient partie des puissants vassaux des Ducs de Bretagne au même titre que les Rohan et les Laval, a su maintenir sa position sociale et étendre ses terres grâce au jeu habile des alliances contractées avec les maisons de Bretagne, Rochefort, Clisson, Rohan, Malestroit, Montmorency, Coligny, etc. De plus, entre le XVe et le XVIe siècle, cette famille comptait en son sein des Maréchaux de France et de Bretagne sur plusieurs génération ainsi que des lieutenants généraux pour la Bretagne, des chevaliers de l’Ordre du Roi et deux gouverneurs de Brest, qui ont joué un rôle important dans l’histoire de la Bretagne. Rappelons que c’est Jean IV de Rieux (1447-1518), tuteur de la fille de François II, héritière du duché de Bretagne, qui s’opposa au mariage d’Anne de Bretagne avec l’archiduc Maximilien d’Autriche et préféra négocier un mariage avec le roi de France, Charles VIII.
Au début du XVe siècle, la forteresse de Châteauneuf présente un plan de forme trapézoïdale. Or, le XVe siècle est un siècle marqué par l’évolution des techniques militaires d’attaque et de l’artillerie qui engendra des nouveautés en matière architecturale, comme le système de barbacane visible à Châteauneuf à cette époque. Ces travaux entraînèrent des dépenses considérables, souvent couvertes par les taxes indirectes et les levées.
A partir des années 1440, des travaux pour remparer et réaménager la forteresse furent entrepris par Jeanne de Rochefort-Rieux et son fils Michel de Rieux, grâce à la levée d’impôts sur ces mêmes terres pendant deux ans.
Dans la cour intérieure du château, se trouvait encore le donjon du XIIe siècle. Il avait été conservé et se retrouvait au centre de la cour après les travaux de consolidation et d’extension effectués au milieu du XVe siècle. Il devait certainement constituer une plate-forme d’observation privilégiée du haut de laquelle on pouvait surveiller la région. Le plan général de la forteresse était de forme trapézoïdale, orientée nord-est, sud-ouest, et défendu par trois grosses tours rondes, un profond fossé sec, des glacis et une levée de terre bastionnée. Les trois grosses tours rondes, dont une seule subsiste aujourd’hui, étaient reliées entre elles par de hautes courtines. Deux des tours portaient le nom de deux seigneuries inféodées au comté, la tour de la Bellière et la tour de Coëtquen.
La tour nord, qui est le seul élément bâti subsistant de ces réaménagements du XVe siècle, présente un aspect encore massif et primitif. La base de cette tour est marquée par un profil légèrement taluté, d’une inclinaison d’environ 78 degrés. Elle a un diamètre de 12 mètres et s’élève sur quatre niveaux. L’élévation de cette tour est d’une assez grande homogénéité, rythmée par trois bandeaux de pierres en granite, elle est couronnée par un chemin de ronde soutenu par des doubles corbeaux.
Dans les abords, comportant des ouvrages de défense comme des levées de terre, des éperons, des bastillons, des fausses-braies et des braies remparées, il existait un périmètre dans lequel se trouvaient des jardins, des viviers et des prés.
 
Jusqu’à cette époque la forteresse de Châteauneuf présente un aspect militaire à caractère défensif, avec un plan fermé. Dans un contexte de conflits et de guerres franco-bretonnes consécutifs à la guerre de Succession du duché de Bretagne, cette forteresse eut un rôle stratégique militaire non négligeable.