Fondations de Castral

 
LES FONDATIONS DU SITE CASTRAL DE CHÂTEAUNEUF
 
La première mention d’un lieu fortifié attesté à l’emplacement de l’isthme de Châteauneuf remonte au milieu du XIe siècle et figure dans une charte de l’abbaye Saint-Georges de Rennes, entre 1024 et 1067. Cette charte mentionne la construction d’un castellum à Nulliac entre 1047 et 1057 par Geoffroy, fils de Salomon. La politique ducale, qui est à l’origine de la fondation de ce castrum, émerge dans un contexte de lutte opposant Conan II, duc de Bretagne, à son oncle Eudes et à Guillaume le Bâtard, duc de Normandie et futur roi d’Angleterre. Cette situation politique entraîna une forte mobilisation des châteaux forts du comté de Rennes. Le fief de Châteauneuf est donc issu de la nomination, par le comte de Rennes et duc de Bretagne, d’un officier chargé en son nom de la défense du territoire frontalier d’Alet, situé au nord du comté de Rennes à la limite avec le régaire de Dol et le Pagus Racter.
Cependant, et malgré les récents travaux de Michel Brand’Honneur, l’origine exacte du premier château sur cet éperon rocheux reste encore floue. Au début du XIe siècle, un « vicarius de Poëlet », nommé Hamon Ier, était chargé de la défense du territoire de la vicomté d’Alet.
Le nom primitif du château au XIIe siècle était Castellum de Noes ou Castellum de Bure, puis au XIIIe siècle Castellum de Noa, en français Chastel-Noë et par déformation Chastel Neuë avant de devenir plus tard Chasteau Neuf.
 
Lieu de défense et de contrôle de la Rance d’un côté et des marais de Dol de l’autre, protégeant le sud du Clos-Poulet, ce castrum appartenait à la seconde ligne de défense des Marches de Bretagne. Il comportait tout un système de mottes aux abords du site et sur les pourtours des zones de marais, de part et d’autre de l’isthme de Châteauneuf. Ce réseau de mottes est encore visible. Certaines d’entre elles sont signalées par la toponymie actuelle.
Sur l’isthme, se dressait dès le XIIe siècle un donjon quadrangulaire à contreforts construit en pierre et situé à 250 m. au sud du premier site castral de Châteauneuf qui était constitué d’une double motte. Le castel Noë fut relevé aux alentours de 1117 et le donjon édifié autour de ces années sous l’autorité de Henri Ier, roi d’Angleterre et duc de Normandie, et après accord passé avec Conan III. L’irruption des Plantagenêts sur la scène politique bretonne amorça un jeu politique basé sur des alliances franco-bretonne et anglo-bretonne et eut des conséquences visibles dans le duché notamment du point de vue des techniques militaires de défense. Les quelques rares donjons quadrangulaires bretons connus jusqu’à présent comme ceux de La Gacilly, Montfort et Hédé en témoignent.
 
Le donjon castelnovien a entièrement disparu, mais des fouilles archéologiques menées entre 1980 et 1983 dans la cour du château à l’initiative de Patrick Grueau, à l’époque étudiant en Histoire de l’Art à l’Université de Rennes II, ont permis de le localiser. Les fouilles furent effectuées sur un périmètre limité. La mise à jour d’une partie des soubassements montre qu’il s’agit d’un donjon de type anglo-normand. Ce type de construction défensive fut généralisé par Henri Ier et son successeur Henri II. D’après les relevés archéologiques établis, le donjon mesurait environ 13 m. sur 14 m. Il était constitué d’un appareil de pierres de taille en granit liées entre elles par un mortier d’argile. Les matériaux utilisés sont locaux, schiste et granit. Cette construction de plan quadrangulaire était flanquée de contreforts à ressauts aux angles. Elle pouvait abriter quatre niveaux intérieurs.
Le rapport de fouilles atteste bien l’existence d’un donjon de type anglo-normand construit au début du XIIe siècle. Or, ce soubassement de donjon est un élément rare matérialisant la manifestation du pouvoir anglo-normand en Bretagne, entre le XIe et le XIIe siècle. En raison de l’absence de conservation de donjons datant de cette époque, il existe en Bretagne très peu d’éléments permettant d’entreprendre une analyse comparée détaillée sur ce vestige.