Grande mutation

 
LA GRANDE MUTATION DU SITE AU XVIIIe SIECLE
 
Le XVIIIe siècle va marquer profondément le château et son site. Châteauneuf vit alors une période de mutation, à la fois sociale avec l’arrivée d’une famille appartenant à la grande bourgeoisie et non plus à l’aristocratie, et architecturale avec les importants travaux entrepris sur le château et le paysage.
Pourtant, le site même de Châteauneuf, dominant de vastes zones de marais depuis son éperon rocheux, ne présageait pas les transformations qui allaient modifier radicalement l’image du château.
D’important travaux de réaménagement furent alors entrepris par le nouveau seigneur de Châteauneuf, l’armateur malouin Etienne-Auguste Baude de la Vieuville (1713-1794). Le Petit Château constituait pour cette famille de négociants un parfait lieu de villégiature, situé non loin de la ville de Saint-Malo.
 
Les transformations survenues dès le rachat du marquisat, en 1740, entraient dans le cadre d’un parti novateur et consistaient à rompre avec l’architecture féodale. Selon Auguste Baude de la Vieuville l’ancienne forteresse n’avait plus aucune raison d’exister.
Ce chantier débuta dès le début des années 1740. Un petit livre de comptes tenu par Auguste Baude de la Vieuville indique l’ampleur du chantier, qui débuta par la démolition de l’enceinte ainsi que celle du donjon et du châtelet d’entrée. Les fossés furent comblés partiellement. Seuls le logis et la tour nord qui est accolée furent conservés et cet ancien logis fit même l’objet d’une attention toute particulière. En effet, cette partie du château est appelée dans certains documents, avec respect, le « Grand Château ». Il y était effectué un entretien régulier de réparations et de couvertures. Après avoir rasé l’ensemble des constructions en élévation se trouvant devant l’ancien logis, il fallut aplanir les sols et créer une nouvelle cour d’honneur plus aérée. Les importants remblais provenant des destructions des différents édifices occasionnèrent une élévation du niveau de la cour d’environ trois mètres.
 
Afin de mettre en valeur l’ancien logis, deux corps de bâtiment furent édifiés pour l’encadrer. Il s’agissait de deux communs construits de façon symétrique par rapport à cet ancien logis. L’un de ces bâtiments de dépendance, servant de remises ou d’écurie, fut appelé par la suite Orangerie, l’autre fut destiné un temps au logement du sénéchal de la juridiction de Châteauneuf qui avait une fonction de régisseur, Monsieur Joseph Normant sieur de Faradon, décédé à Châteauneuf en août 1762. Il laissa son nom ou plutôt son titre au bâtiment des remises, situé au sud-ouest du logis, qui est appelé Faradan.
 Alors que se multipliaient dans la région les belles malouinières, les Baude de la Vieuville ont voulu, eux aussi, avoir leur résidence de campagne et leur parc à la française. Cependant, l’acquisition de l’ancienne forteresse médiévale ne correspondait pas à cette mode. Ce lieu n’était pas adapté au départ pour devenir un lieu de plaisance comportant des jardins à la française. Il fallut alors entreprendre des travaux gigantesques et faire des dépenses pour pouvoir transformer le lieu et le mettre au goût du jour. Le seul endroit dégagé aux alentours du château pour pouvoir créer des jardins, était une zone de marais située à l’ouest du site de Châteauneuf. Malgré les contraintes du terrain, le maître d’œuvre ou architecte paysagiste qui intervint ici, tira profit de l’abondance en eau des terres pour la création des canaux, viviers et étangs. Ce chantier nécessita cependant une main d’œuvre abondante.
 
Les jardins se développaient en direction de la Rance. L’ancien château fut choisi pour devenir le point central de la composition à partir duquel fut tracé l’axe des jardins. Les canaux et les grandes avenues prolongeaient la perspective vers l’ouest, c’est-à-dire vers la Rance. Or, généralement, l’axe des perspectives des jardins de malouinières, se déployait depuis l’habitation principale qui constituait le point unique de contemplation de l’étendue ordonnée et tranquille. Dans le cas de Châteauneuf, la configuration du terrain liée au choix de conservation de l’ancien logis qui renferme toute l’histoire du site castelnovien, le place dans une situation unique. Enfin, la décision prise par cette famille Baude de la Vieuville de préserver et d’entretenir ce Vieux Château l’érigea au rang de monument respectable, que l’actuel propriétaire s’efforce de maintenir avec ardeur.